Burn out : comment s’en sortir ? 

2,55 millions : c’est le nombre de personnes qui seraient atteintes de burn out sévère en France. Selon la définition de la Haute Autorité de Santé (HAS), le burn out (aussi parfois écrit burnout ou burn-out) est « un épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel ». 

Le nombre de personnes victimes de burn out sévère a progressé de 25% par rapport à mai 2021 et “continue d’exploser”, selon le cabinet Empreinte Humaine. Toutefois, la détresse psychologique des salariés a pour sa part diminué avec 38% des Français qui sont actuellement concernés, soit un recul de 6 points par rapport au printemps 2020. 

Le Pupitre a rencontré Vanessa Deshayes, psychologue clinicienne à Paris. Dans un premier article consacré au sujet, la professionnelle a expliqué comment “le burn out s’installe dans le temps de façon progressive”. Après avoir vu les causes et conséquences de ce syndrome chronique, on va désormais s’intéresser à la guérison du burn out.

Les risques du burn out 

La première chose à savoir est que le burn out est un syndrome, et non pas une maladie. Toutefois, s’il n’est pas pris en compte, il peut le devenir. En effet, “on peut passer d’un burn out à la dépression, et dans les cas les plus sévères il y a des risques suicidaires et d’autres pathologies de l’épuisement pouvant entraîner la mort”, alerte Vanessa Deshayes. 

En effet, contrairement au lien qui peut rapidement se former dans les esprits, il ne faut pas confondre burn out et dépression. Ce n’est pas la même chose, insiste la psychologue : “Dans la dépression, il y a une perte d’élan vital, on est sur une humeur dépressive, tandis que sur le burn out est vraiment centré sur la question du travail”, précise-t-elle. En outre, l’épuisement professionnel n’est pas à prendre à la légère puisque qu’il y a un lien entre le stress chronique et la thyroïde et les maladies cardio-vasculaires, rappelle la spécialiste. 

“Le stress au travail ça existe, mais le burn out c’est quelque chose de chronique. Quand chaque jour notre collègue nous dit qu’il a mal ou que c’est compliqué pour lui, ça doit nous mettre la puce à l’oreille. Quand ça devient récurrent, il faut s’inquiéter”, met en garde Vanessa Deshayes qui insiste sur l’importance de la prévention. 

“La prévention dans les équipes, au travail, sur le terrain est très importante, c’est de l’individuel et du collectif. Individuel parce que c’est à soi de se questionner sur comment on se sent, comment verbaliser, comment réajuster certaines choses dans notre vie professionnelle et personnelle. Collectif dans le sens où la société et l’organisation de travail doit penser à ces choses là en amont, pour que la prise de conscience se fasse”, justifie-t-elle.

Comment sortir du burn out ? 

“Pour en guérir c’est progressif. Le burn out professionnel s’installe progressivement, par conséquent la prise de conscience est elle aussi progressive. Il n’y a pas de couperet ou de cassure, c’est vraiment dû à une accumulation”, explique Vanessa Deshayes qui dénombre deux grandes étapes vers le chemin de la guérison. En effet, la sortie du burn out se fait nécessairement par étapes.

Sortir du burn out : la communication

Je ne vais pas bien, j’ai mal au dos, je n’ai plus d’énergie au travail, je n’arrive plus à m’investir, je ne trouve plus de sens dans ce que je fais : la première étape pour pouvoir sortir du burn out est de se confier à ses proches, ses collègues ou encore à son médecin, sur les difficultés que l’on traverse au travail. “À partir du moment où il n’y a pas de communication sur votre ressenti ou sur ce qui se joue pour vous au travail, il n’y a pas de processus de guérison qui peut être enclenché”, plaide la psychologue.

En effet, c’est la communication combinée à la verbalisation qui va enclencher la seconde étape. 

Sortir du burnout : la prise de conscience

C’est une étape qui demande énormément de temps, prévient d’ores et déjà la spécialiste. “Pour verbaliser c’est compliqué parce qu’on a tendance à prendre beaucoup sur nous, donc c’est toute une démarche de dépasser ce cap-là”, précise-t-elle. En réalité, le burn out comprend plusieurs étapes, il faut donc être en capacité de se situer dans ces étapes pour avancer en conséquence.

Pour les personnes qui souffrent de burn out au travail, prendre ne serait-ce qu’une semaine de vacances est extrêmement compliqué : il y a de la culpabilité, alors un arrêt de travail n’en parlons pas. “Les personnes perfectionnistes se demandent comment la boîte ou le service va fonctionner sans eux, ou comment leurs collègues vont faire. Ce sont des gens investis dans leur travail, donc prendre un arrêt maladie, est très compliqué pour eux”, explique Vanessa Deshayes. 

Il faut également être conscient que la guérison du burn out est un processus long. “S’arrêter une semaine ou deux, ce n’est pas suffisant. Le burn out s’est installé progressivement, donc pour en sortir c’est progressif aussi, ça ne peut pas passer en quelques jours”, insiste la spécialiste. “Il faut savoir prendre le temps de retrouver une qualité de vie, un équilibre, en terme de sommeil, d’alimentation et de sport : le corps est une mécanique. Il faut donc le mettre au repos”, ajoute-t-elle.

“La guérison va passer par le fait de progressivement pouvoir se projeter sur la reprise du travail”, explique la spécialiste, mais là encore, il ne faut pas aller trop vite. Il faut se poser les bonnes questions sur nos envies, sur comment on envisage la suite au niveau professionnel : on doit réellement repenser sa reprise du travail. L’objectif étant d’éviter à tout prix de retomber illico dans les mêmes travers : stress, charge de travail excessive, épuisement…

3 conseils à appliquer si vous êtes en situation de burn out 

Concrètement, il n’y a pas une méthode miracle pour soigner ce syndrome d’épuisement professionel, mais s’il y a bien deux éléments à ne pas négliger, ce sont la communication et la verbalisation. “Les études ont montré que les gens qui sont entourés d’un point de vue social et familial sont ceux qui sont le plus protégés du burn out et ceux qui s’en sortent le mieux. Les relations sociales sont primordiales”, insiste la psychologue. Ça n’a pas besoin d’être quelque chose de formel, il faut simplement communiquer. Il faut être à l’écoute au-delà du “Ça va ?” que l’on glisse poliment à la machine à café, sans réellement écouter ni s’intéresser à la réponse. 

Pour les personnes qui souffrent de burn out, Vanessa Deshayes vous propose 3 conseils à mettre en application : 

  1. Écouter son corps : être attentif à comment vous vous sentez, est-ce que vous avez de la tension, des douleurs physiques ? Souvent il s’agit du premier signe. Dans ce cas là, il est essentiel d’aller consulter son médecin généraliste.
  2. Faire une introspection : écouter ses pensées, parfois certaines personnes préfèrent écrire comment elles se sentent. Quels types de pensées avez-vous ? Faites un état des lieux de votre vie.
  3. Trouver un équilibre entre la vie perso et la vie pro : tout est une question de modulation. Il faut trouver le bon thermostat, comme lorsque vous mettez quelque chose à cuire au four : quand c’est trop froid ce n’est pas bon, quand c’est trop chaud ça brûle. Trouvez le juste milieu, celui qui vous fait vous sentir bien.

Pour extérioriser vos pensées, vous pouvez passer par l’écriture, le sport ou encore la méditation. L’important est que vous soyez en pleine conscience de ce que vous ressentez, en particulier au travail. “Il faut prendre soin de son corps pour prendre soin de son esprit”, conclut la professionnelle. 

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