Comprendre le syndrome du scarabée

Qui se ressemble s’assemble ? Mais vous, vous avez le sentiment de ne ressembler à personne ? Vous souffrez certainement du syndrome du scarabée. Pas d’inquiétude, vous n’avez pas été maudit par une tradition égyptienne, mais vous souffrez peut-être bel et bien d’un dommage collatéral qui inciterait votre hiérarchie à favoriser les salariés qui leur ressemblent, que ce soit pour obtenir des augmentations ou grimper plus facilement les échelons. 

Le syndrome du scarabée, d’où ça vient ? 

Déjà, l’équipe du Pupitre tient à vous rassurer, ce n’est pas une maladie auto-immune, et même si vous en êtes victime, vous pouvez vous en sortir. Le syndrome du scarabée est apparu dans les années 50 lorsqu’un groupe d’entomologistes – des chercheurs qui étudient les insectes – de l’Université de Chicago ont mené d’innombrables expériences avec quatre scarabées, en enfermant deux couples d’espèces différentes dans un espace de vie propice à leur développement. Leur objectif était d’élucider le mystère suivant : pourquoi lorsque deux espèces sont réunies dans le même environnement, elles ne parviennent pas à cohabiter ?

Les chercheurs s’attendaient à ce que le couple de scarabées le mieux adapté à l’environnement se développe plus rapidement que l’autre, et que, génération après génération une des deux espèces, verrait la sienne dominer. Spoiler alerte, ce n’est pas du tout ce qui s’est déroulé.

En effet, l’espèce A ou l’espèce B finissait par disparaître totalement mais en aucun cas le facteur d’adaptation à l’environnement rentrait en jeu. En réalité, cette “sélection naturelle”, résultait uniquement de l’appétit des scarabées pour les oeufs. Ces insectes étaient déjà connus pour manger leurs propres œufs, mais le zoologiste Thomas Park a découvert qu’ils étaient en fait encore plus enclins à manger les œufs des autres espèces dans le but de favoriser leurs congénères et, à terme, de faire totalement disparaître les autres. 

Quelques décennies après, les économistes George Akerlof (prix Nobel d’économie en 2011) et Pascal Michaillat (professeur d’économie à l’Université Brown) reviennent sur ce constat scientifique, persuadés que : “ce phénomène pouvait s’appliquer à l’espèce humaine dans certaines situations.” Pour eux, les hommes font comme ces coléoptères : ils favorisent leur espèce au détriment des autres. Les deux économistes ont pu confirmer cette hypothèse dans une première étude qui montre qu’effectivement, les scientifiques de renoms ont tendance à favoriser les jeunes scientifiques qui adhèrent à leur théorie et à exclure ceux ayant des points de vue divergents ou opposés.

“Favoriser ceux qui leur ressemblent”

Ce concept de syndrome du scarabée, qui on l’espère est maintenant très clair pour vous, repose en fait sur l’homophilie, c’est-à-dire le fait qu’inconsciemment, les personnes ont tendance à favoriser ceux qui leur ressemblent…. comme les scarabées. Pascal Michaillat souligne que cette notion s’illustre particulièrement dans le milieu professionnel : “Le syndrome du scarabée est notable dans le monde de l’entreprise, en particulier lorsqu’il s’agit de choisir quel collaborateur obtiendra une promotion.”

Si l’on suit cette théorie, la hiérarchie aurait donc plus tendance à accorder du pouvoir et des privilèges à ceux qu’ils considèrent comme leurs semblables (mêmes études, même milieu social, même âge, même sexe, etc…) et, en même temps, en retour, d’écarter les employés qui n’appartiennent pas au “groupe dominant”. Finalement, la performance comme premier critère de sélection entre les salariés est ici remplacée par “la prévisibilité et la fiabilité en vertu de l’appartenance au bon groupe”. Si l’on traduit, veuillez comprendre que selon ce concept, si vous ne parvenez pas à obtenir d’augmentation ou de promotion, la raison est “simple” : vous n’appartenez pas au groupe dominant. Les principales victimes de ce syndrome sont représentées majoritairement par les femmes, les seniors et les profils issus de la diversité. En découle des inégalités de salaire et des promotions moins souvent accordées à ces catégories. 

Même si inconsciemment, on pourrait penser que l’homogénéité des profils peut favoriser une bonne coordination au sein des équipes, l’entre soi porte ses limites : si tous les salariés ont tendance à se ressembler, cela a nécessairement des conséquences négatives sur l’entreprise. Dans une équipe trop homogène on peut majoritairement observer une baisse de créativité, une incapacité à motiver les effectifs et une absence de débat significative. De ce manque de diversité résulte une baisse de la productivité, de la motivation et une rétention des effectifs. 

Quelles solutions adopter pour y faire face ?

Le syndrome du scarabée étant un biais cognitif inconscient, ceux qui en pâtissent ne le réalisent pas forcément. Il est d’abord essentiel d’apprendre à l’identifier et le reconnaître pour ainsi vous rendre compte si vous êtes une victime collatérale. 

Dans un entretien accordé à la rtbf, Jean Olivier Collinet, chroniqueur sur les tendances professionnelles et entrepreneuriales, analyse : “C’est une distorsion de la réalité qui affecte notre logique et notre rationalité, nos jugements, nos raisonnements et notre mémoire. Tout le monde a des biais cognitifs, c’est tout à fait normal.”

Afin de déterminer s’il est temps de vous remettre en question, analysez votre équipe et constatez si une certaine homogénéité émane des différentes décisions. Comme évoqué plus tôt, une absence de débat et une vision unique peuvent être un frein au bon développement de l’entreprise. Côté manager, questionnez vos méthodes managériales et déterminez, au moment de recruter ou d’accorder une promotion à un de vos salariés, quels critères privilégiez-vous ? Sont-ils des objectifs basés sur leurs compétences uniquement ou d’autres facteurs entrent-ils en jeu ?

Syndrome du scarabée : ce qu’il faut retenir

En définitive, il ne faut pas tomber dans le piège de : “Je diversifie mes effectifs pour ne pas tomber dans le biais cognitif du syndrome du scarabée. puisque la diversité favorise la performance organisationnelle et contribue à améliorer les relations individuelles à l’intérieur de l’entreprise, le climat social, la cohésion d’équipe et, au final, le fonctionnement global de l’entreprise. Alors nous n’avons plus qu’un conseil à vous donner : prenez conscience du biais, pensez à mettre de l’intelligence collective dans les groupes et soyez attentif à recruter dans des univers différents !

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