Pourquoi le CDI ne fait plus autant rêver qu’avant ? 

Le Ministère du Travail, du Plein emploi et de l’Insertion définit le contrat de travail à durée indéterminée (CDI) comme “la forme normale et générale de la relation de travail”. Mais cette définition a-t-elle encore du sens au moment où l’organisation du travail est bousculée par les “new ways of working” ? 

Pourquoi le CDI était-il la norme ? 

Contrairement à un contrat à durée déterminée ou à une mission d’intérim, le CDI est convoité pour la sécurité qu’il apporte. Les employés ne se posent pas la question de la fin du contrat puisque, par définition, ce dernier ne prévoit pas de date de fin. Une caractéristique qui permet, par exemple, de contracter des prêts plus facilement, ou de rassurer un bailleur lorsqu’on souhaite louer un appartement. Mais aussi d’installer une relation de confiance, sur la durée, entre un employeur et un salarié. 

Si cette situation pérenne apparaît comme un avantage pour de nombreuses personnes, elle se présente également comme un inconvénient pour d’autres. La rupture du contrat étant possible uniquement dans des cas extrêmement précis : par la volonté d’une des parties (licenciement, démission, mise à la retraite, départ volontaire à la retraite) ou par accord entre les parties (notamment dans le cadre du dispositif de « rupture conventionnelle » ) ou pour force majeure. 

L’ambivalence du contrat de travail à durée indéterminée a poussé certaines personnes à se pencher sur les autres possibilités. 

Quelles sont les autres options ? 

L’employeur doit avoir recours au CDI, “sauf s’il peut justifier d’une situation autorisant le recours à un autre type de contrat”, d’après le Ministère du Travail, du Plein emploi et de l’Insertion. Il existe d’ailleurs un autre contrat à durée indéterminée : le contrat de chantier ou d’opération. Il permet de recruter des salariés pour réaliser un ouvrage ou des travaux précis, dont la date de fin n’est pas connue à l’avance. S’il était auparavant conclu dans le secteur des bâtiments et travaux publics ou de la construction navale, il est aujourd’hui étendu à d’autres branches d’activités en fonction des conventions collectives. 

Il y a un autre contrat, à durée déterminée cette fois, qui est bien connu : le CDD. Celui-ci n’est possible que pour l’exécution d’une tâche précise et temporaire. Un contrat qui se solde par une indemnité de précarité, et qui permet au salarié d’avoir les mêmes droits que les autres collaborateurs de l’entreprise. 

D’autres contrats existent pour des situations plus particulières, tel que  le travail intermittent, qui correspond à une alternance de périodes travaillées et non travaillées en raison de fluctuations d’activités. Ou le contrat de saisonnier, qui intervient pour des périodes relativement fixes en fonction des saisons. 

Mais en dehors de ces différents contrats de travail, le travail indépendant gagne lui aussi de plus en plus de terrain.  

Le cas du statut de micro-entreprise (autrefois auto-entrepreneur) 

La micro-entreprise présente de nombreux avantages pour les travailleurs qui veulent plus d’indépendance, pour des “petites” activités. Effectivement, le statut de micro-entrepreneur permet d’exercer une activité de travailleur indépendant avec des démarches administratives très allégées, à condition de ne pas dépasser un certain montant de chiffre d’affaires. Il s’agit d‘un statut très apprécié par les travailleurs freelances. 

D’après les données de l’Insee, publiées en février 2022, le nombre de micro-entrepreneurs a augmenté de 17% entre 2020 et 2021. Le portail auto-entrepreneur annonçait en mars 2021, que “les indépendants sont particulièrement présents et recherchés dans les métiers de l’informatique et du digital tels que le développement de site internet, le webmarketing, le webdesign ou l’analyse de data… On peut néanmoins devenir freelance dans des secteurs d’activités très variés”. 

L’influence de la crise sanitaire 

Les confinements à répétition, et les arrêts temporaires de travail pour certains, ont conduit les salariés à réfléchir à leurs activités professionnelles. Lorsqu’un job a été considéré comme “non-essentiel”, certains salariés se sont demandés pourquoi ils continuaient à travailler chaque matin. L’arrêt de certaines activités à cause de la pandémie a aussi remis en cause la course à la productivité. Mais aussi, et surtout, la crise sanitaire a ouvert les portes du télétravail, avant cela inaccessible pour de nombreux salariés. Avec un télétravail partiel ou total, cette nouvelle configuration du quotidien a permis de remettre en cause l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle

Et ces remises en question ont ouvert à certains les portes de ce que l’on appelle les “new ways of working”, c’est-à-dire une manière de travailler ou l’individu est au cœur de l’organisation, et où les équipes managériales lui accorde de la confiance et des responsabilités sur ses tâches. La “vie de bureau” est remise en cause. L’engagement auprès d’un seul et unique employeur aussi. 

Nouveaux objectifs : flexibilité et subordination relative 

Deborah est graphiste depuis près de six ans. Elle n’a pas attendu la crise sanitaire pour se détourner du CDI. “J’ai tout de suite eu envie de travailler à mon compte, mais j’ai conscience que mon activité m’ouvrait beaucoup de possibilités par rapport à d’autres métiers”. Son seul outil de travail est son ordinateur, et sa volonté. “Je me rends compte que si je me donne, je peux augmenter mes revenus. Mais parfois, si je suis à l’aise financièrement, je réduis un peu la cadence. C’est une liberté que je n’aurais jamais eue avec un CDI, avec un CDD non plus d’ailleurs”. 

Baptiste lui est comptable. Et c’est un tournant professionnel qu’il a dû prendre pour s’éloigner du classique CDI. “Quand j’ai démarré en freelance, j’ai dû trouver mes clients, petit à petit, et ça n’a pas été simple”. Il parle de début compliqué financièrement, le temps d’atteindre une certaine stabilité. Mais il a atteint son objectif en une année. 

“C’est après un conflit avec mon patron que je me suis posé la question de ce que je voulais faire. Mon métier me convenait, mais je me suis rendu compte que quand il y a des désaccords avec la hiérarchie, il faut les subir. Maintenant, quand ça se passe vraiment mal avec un collaborateur, j’arrête la collaboration, tout simplement”. 

Si ces nouveaux statuts sont censés apporter plus d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, Baptiste préfère relativiser sur ce point. “Parfois, je fais des horaires que je n’aurais pas faits au boulot, les clients pensent que je suis disponible comme un salarié en CDI, voire beaucoup plus, c’est le revers de la médaille”. 

Si le CDI ne fait plus rêver, les nouvelles manières d’envisager les relations avec un employeur ou un collaborateur feront donc sûrement naître d’autres limites, et peut-être apparaître d’autres dérives.

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