Semaine de 4 jours : bonne ou mauvaise idée ?

Le week-end est sans aucun doute le moment le plus apprécié des actifs : avoir du temps pour soi, pour ses proches, faire du sport, lire, se reposer, ou encore pouvoir faire ce que l’on n’a pas eu le temps de faire dans la semaine comme les courses, les machines ou trier les papiers. S’il y a bien une chose qui mettra tout le monde d’accord, c’est que les week-ends, c’est super, mais ça passe trop vite. 

Si beaucoup de personnes ne seraient pas contre l’idée d’avoir une journée supplémentaire de repos, d’autres sont passés à l’action grâce à la semaine de 4 jours. Le concept est simple : équilibrer vie professionnelle et vie personnelle, afin que l’une ne prenne pas l’ascendant sur l’autre, avec un avantage indéniable, celui de travailler moins pour gagner autant d’argent.

Expérimentée au Royaume-Uni, en Islande ou encore en Espagne, la semaine de 4 jours n’est pas encore très populaire dans l’hexagone, seules quelques entreprises ont sauté le pas. Le Pupitre a eu la chance de pouvoir discuter de ce sujet avec deux entreprises pour qui la semaine de 4 jours est devenue une réalité : It Partner, une E.S.N lyonnaise spécialisée en infogérance et cybersécurité et Yprema, une entreprise industrielle spécialisée dans le recyclage de matériaux de déconstruction. 

L’une a mis en place ce dispositif au début de l’année 2021, tandis que l’autre est pionnière sur le sujet. En effet, cela fait 25 ans que les salariés d’Yprema sont passés à la semaine de 4 jours. Deux secteurs d’activités, deux organisations, deux durées d’expérimentation, mais un point commun : aucune de ces deux entreprises ne souhaite revenir à la semaine de 5 jours.

Pourquoi passer à la semaine de 4 jours ?

Pour Abdénour Aïn Seba, président et fondateur de la société It Partner, le choix de la semaine de 4 jours s’est fait “dans une logique plus générale de réorganisation de l’ensemble de l’entreprise, suite à la pandémie de Covid-19”. Cette E.S.N avait en effet déjà travaillé sur des sujets “d’intelligence collective”, ayant pour but de laisser place à une plus grande autonomie. “Avec la pandémie, la réflexion s’est portée sur l’équilibre du bien-être entre vie professionnelle et vie personnelle et la nécessité de repenser notre organisation complète”, explique le chef d’entreprise. 

Du côté d’Yprema, la mise en place de la semaine de 4 jours remonte à 1997. “Il fallait oser à l’époque”, souligne la secrétaire générale, Susana Mendes. “L’idée du président était de réduire le travail des hommes et d’augmenter le temps de travail et de production des machines”, explique-t-elle.

L’une comme l’autre, aucune de ces deux entreprises ne regrette sa décision. “Le jour off participe à l’attachement que les collaborateurs ont pour l’entreprise et à la fierté d’appartenance qu’ils ont”, explique Abdénour Aïn Seba. “Dans nos collaborateurs personne n’a exprimé son souhait de revenir à la semaine de 5 jours”, assure le fondateur de l’E.S.N lyonnaise. Même son de cloche chez Yprema : “C’est ancré chez nous, je ne nous vois pas faire machine arrière”, déclare Susana Mendes. 

Comment trouver la “bonne formule” ? 

Toutefois, la mise en œuvre d’un tel processus n’est pas à prendre à la légère. Au niveau de l’organisation, ces deux entreprises continuent de fonctionner sur 5 jours. Chez It Partner les employés choisissent leur journée off et gardent la même pendant tout le trimestre. “Le lundi il n’y a pas de possibilité d’avoir un jour off, c’est forcément du mardi au vendredi”, explique Abdénour Aïn Seba. Pour pouvoir mettre en place ce dispositif, l’E.S.N a dû “repenser l’organisation de la production, repenser certains process de l’entreprise ainsi que revoir la communication interne”, précise le directeur. “On a changé la manière de produire et on a demandé à nos collaborateurs de changer de posture par rapport à nos clients et aux missions qui étaient les leurs”.

Du côté d’Yprema, un système de binôme a été mis en place pour permettre le bon fonctionnement de l’entreprise. “Quand une personne n’est pas là, il y a obligatoirement son binôme qui doit être capable de répondre aux demandes et d’assurer les tâches indispensables. On a toujours au moins deux personnes qui sont capables de tenir un poste, ce qui fait aussi que ça pérénnise l’organisation de l’entreprise”, détaille Susana Mendes. “Quelle que ce soit la personne qui part, le savoir-faire reste”, ajoute la secrétaire générale. 

Quels avantages pour les salariés ? 

La semaine de 4 jours présente plusieurs avantages pour les salariés. “Les semaines de 4 jours sont moins fatigantes, on s’en rend compte quand il y a un jour férié dans la semaine”, souligne Susana Mendes. “Les salariés s’organisent de façon à mieux gérer les priorités, donc ils deviennent plus performants”, assure la secrétaire générale. L’autre gros avantage pour cette société de la région parisienne est que cette semaine plus courte permet de lutter contre la pénibilité du métier

“Cela participe au bien-être individuel et au bien-être collectif”, ajoute de son côté Abdénour Aïn Seba. “Le jour off revient toutes les semaines, il est totalement différent des RTT, des congés payés ou des week-ends, chacun y trouve un intérêt”, explique le fondateur d’It Partner. “C’est un temps spécifique que vous ne prenez pas sur un contingent, il est à part et a lieu toutes les semaines”, souligne-t-il. 

Quels avantages pour l’entreprise ? 

Si la semaine de 4 jours est bénéfique pour le bien-être et la productivité des salariés, elle présente également des avantages certains pour l’entreprise qui la met en place. “On y a gagné en termes d’ambiance de travail. Les salariés sont beaucoup plus assidus et donc beaucoup plus performants« , confirme à son tour Abdénour Aïn Séba. En outre, “une attention supplémentaire est donnée à nos clients”, ajoute le PDG. Selon les retours de ses salariés et de ses clients, c’est “un vrai sentiment de bien-être et de performance” qui se dégage depuis la mise en place de la semaine de 4 jours. “Quand vous améliorez le bien-être, vous améliorez la productivité et l’engagement”, assure le dirigeant. 

Du côté d’Yprema, la mise en place de ce dispositif a permis “d’augmenter la production”. En effet, cela a permis “d’instaurer une demi-journée de maintenance préventive pour éviter les pannes, donc une demi-journée de production supplémentaire par semaine. Cela fait deux journées par mois, donc sur 12 mois on produit 13 mois”, relève la secrétaire générale de l’entreprise. 

Quelles sont les limites de ce dispositif ?

Lors du mois de mai 1998, Yprema a été confronté à une première difficulté : les jours fériés. “On a mis en place un avenant dans notre accord : quand il y a un férié dans la semaine, ce jour férié devient le jour de repos de tout le monde”, explique Susana Mendes. “On a été obligé de faire ça car sinon on n’avait plus personne”. Yprema impose également à ses salariés de prendre des semaines de congés complètes pour éviter que le dispositif ne devienne “ingérable”. La secrétaire générale de l’entreprise conseille en effet de “se laisser la porte ouverte”, concernant les congés. Afin d’éviter les couacs, “on peut demander à un salarié de travailler sur 5 jours pendant les congés de son binôme, il sera payé en heures supplémentaires à compter de la 36ème heure”, précise-t-elle. 

Pour Abdénour Aïn Seba, les craintes sont ailleurs : “le risque c’est qu’au nom du bien-être, certains managers mettent une pression colossale sur les journées travaillées. Chaque système a sa propre perversion”, estime-t-il. Une autre limite décelée par le fondateur de l’E.S.N lyonnaise concerne les “publics ayant un niveau de revenu pas très élevé”. Ces derniers peuvent être tentés de travailler sur leur jour off, afin de gagner un peu plus. “Cela ferait une déviance par rapport à l’intérêt de la semaine de 4 jours”, explique-t-il.

Comment mettre en place la semaine de 4 jours dans son entreprise ?

La mise en place de la semaine de 4 jours n’est pas adaptable à toutes les entreprises, estime Abdénour Aïn Seba. “Ça a un coût et il faut être capable d’assumer ce coût. Il faut être en bonne santé financière et être sur un marché relativement porteur”, souligne-t-il. Pour les chefs d’entreprises qui souhaitent mettre en place la semaine de 4 jours, le fondateur d’It Partner conseille en premier lieu de consulter les cadres et les managers et de faire preuve d’une grande écoute. Deuxièmement, il faut communiquer avec ses clients et autour de soi pour avoir des retours, ajoute le PDG. “Les retours que l’on a reçus étaient très positifs, les clients ont tous joué le jeu, pourtant on a commencé à facturer des journées de 8h au lieu de 7h ou 7h30”, précise-t-il. Il faut également “mesurer l’impact que ça peut avoir en termes d’emploi sur son organisation”. 

Chez Yprema, tous les salariés ne travaillent pas aux mêmes horaires et c’est un système que conseille Susana Mendes aux dirigeants qui souhaitent instaurer la semaine de 4 jours. Des horaires adaptés en fonction des besoins des clients permettent de gagner en performance, selon elle. En outre, comme évoqué plus haut la secrétaire générale d’Yprema conseille la mise en place de binômes : “c’est indispensable pour pallier l’absence hebdomadaire d’une personne”. Enfin, la planification et l’anticipation sont fondamentales dans la mise en place de la semaine de 4 jours”, assure Susana Mendes. 

Participer au bien-être des collaborateurs en équilibrant vie professionnelle et vie personnelle est l’un des enjeux des années à venir, s’accordent Abdénour Aïn Seba et Susana Mendes. “Avec la semaine de 4 jours, quand vous faites le décompte sur l’année, vous êtes à peu près au même nombre de jours travaillés sur 365 jours que de jours non-travaillés”, souligne le chef d’entreprise. Il y a donc un véritable équilibre, et “c’est peut-être vers ça qu’on doit aller demain”, conclut-il. C’est dans cette démarche qu’It Partner a en outre fait le choix de passer à la semaine de 32 heures/semaine.


De son côté, Yprema va continuer de réduire le temps de travail de ses salariés, toujours dans l’objectif d’équilibrer vie professionnelle et vie personnelle. Ainsi, tous les salariés passeront progressivement à 34 heures par semaine, puis 33 heures, et enfin 32 heures réparties sur 4 jours en 2024, à d’ores et déjà annoncé Susana Mendes.

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