Syndrome de l’imposteur : comment y mettre un terme ?

Identifié pour la première fois en 1978 par Pauline Rose Clance, le “syndrome” ou expérience de l’imposteur est un phénomène très fréquent puisqu’il concerne plus de la moitié de la population. En effet, selon les chiffres du Journal of Behavioral Science, environ 70 % des personnes dans le monde se sentiraient, à un moment de leur vie, comme des imposteurs.

Le Pupitre a contacté Caroline Dumas, psychologue psychothérapeute à Paris, afin de mieux comprendre ce phénomène, particulièrement présent dans le monde du travail. Doutes constants, sentiment d’échec, incapacité à reconnaître ses réussites… ces situations sont typiques du syndrome de l’imposteur. Et au quotidien, cela peut réellement impacter le bien-être d’un individu.

Dans un premier article consacré au sujet, la professionnelle a expliqué ce qu’était l’expérience de l’imposteur et comment celle-ci se caractérisait dans la vie d’un individu. Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur l’origine du syndrome de l’imposteur et sur les moyens de s’en libérer.  

Le syndrome de l’imposteur, un phénomène qui tire son origine de l’enfance

L’origine du syndrome de l’imposteur est bien plus ancienne qu’on ne pourrait le penser, explique Caroline Dumas. En effet, celui-ci s’ancre en partie dans l’enfance. 

“Durant cette période, où se construit l’identité, les personnes sujettes à cette expérience ont eu bien souvent à subir des comparaisons en leur défaveur avec des frères et sœurs, des cousins, plus brillants qu’eux. Ils ont pu aussi être mis dans une posture de parentalisation, remplaçant le parent « déserteur » ou absent, prenant ainsi le rôle du parent défaillant”, explique-t-elle.

“L’enfant, très responsabilisé et tenant parfois le rôle de père ou de mère, est doublement mis en situation d’adulte. L’enfant sait qu’il ne devrait pas être dans cette situation, mais c’est le seul comportement qu’il a réussi à développer pour faire face à cette peur sans solution qu’il éprouve face à son parent”, détaille la psychologue.

Avec une posture d’adulte au sein de la famille et d’enfant à l’extérieur, ce dernier “peut éprouver une grande honte à l’idée de tenir ce double rôle qui l’isole, ne sachant plus qui il est exactement. L’enfant ne peut demander protection, soutien, conseils ou même se révolter contre des parents jugés trop fragiles, et dans le même temps, il n’a pas la connaissance suffisante et normale pour être adulte. Pas tout à fait enfant, pas tout à fait adulte : cette construction l’amène bien souvent à toujours se sentir illégitime dans sa vie d’adulte”, précise Caroline Dumas. 

“L’enfant peut aussi être étiqueté de ‘difficile’ au sein de la famille”, poursuit la spécialiste. “Cela va engendrer le développement de croyances limitantes ou négatives et des stratégies de compensation pour être aimé par ses parents. L’enfant a besoin de sentir l’approbation de ses parents mais surtout la sécurité dans l’attachement pour se développer normalement. Aussi si l’affection et l’attention des parents sont soumises à la condition du type « je ne peux t’aimer que si tu réussis », l’enfant va se développer sans une grande estime de lui-même notamment s’il échoue ou encore en essayant de compenser toute sa vie en courant après un succès que ses parents ne reconnaîtront jamais quelle que soit sa réussite d’adulte”, conclut Caroline Dumas.

Pourquoi les femmes semblent-elles plus touchées que les hommes ? 

En effet, si tous les enfants, quel que soit leur sexe, peuvent connaîtrent des parents toxiques et des transitions difficiles, “il est bon de rappeler que les femmes subissent plus leur manque de confiance en elles, le patriarcat et les clichés que véhiculent la société (ex : leur supposée fragilité…). Cela les enferment bien souvent dans des rôles qu’elles intériorisent de manière inconsciente”, précise la psychologue.

Dès leurs premières études, Pauline Rose Clance et sa consoeur Suzanne Imes se sont intéressées aux cas de 150 femmes brillantes, compétentes et reconnues, qui pourtant, n’arrivaient pas à accepter leur réussite. En outre, selon une étude, publiée en 2003, de David Dunning et Joyce Ehrlinger, deux chercheurs américains de l’université Cornell, les femmes ont tendance à sous-estimer leurs capacités et leurs performances, en particulier dans les domaines où elles sont considérées comme moins bonnes, tels que les sciences, relate Caroline Dumas. À contrario, les hommes ont tendance pour leur part à surestimer leurs compétences. 

“Les hommes et les femmes ne perçoivent par le succès et l’échec de la même manière. Les femmes attribuent leurs échecs à des caractéristiques internes et personnelles : « c’est de ma faute si j’ai échoué, je n’ai pas suffisamment travaillé ». Alors que les hommes attribuent leurs échecs à des évènements ou influences externes à eux-mêmes : « j’ai échoué à cet examen parce que le sujet était très difficile »”, développe Caroline Dumas.

“À l’inverse, la réussite des femmes est attribuée par ces dernières à des facteurs externes comme la chance ou le hasard, alors que les hommes l’attribuent à leurs qualités personnelles. De même en matière de recherche d’emploi, les chercheurs montrent qu’en moyenne les hommes n’ont besoin de maîtriser que 50% des prérequis pour postuler alors que les femmes n’osent candidater que si elles maîtrisent 100% des compétences”, poursuit la psychologue.

Syndrome de l’imposteur : comment atténuer le phénomène ? 

Sachant qu’il y a de fortes probabilités pour, qu’un jour ou l’autre, un individu soit confronté au syndrome de l’imposteur, Le Pupitre a demandé à Caroline Dumas s’il était possible de se libérer de ce poids, et rassurez-vous la réponse est oui

Afin de limiter ce désagréable sentiment, la psychologue psychothérapeuthe nous a donné quelques conseils, et vu que nous sommes sympas, nous avons décidé de vous les partager.

“La première des choses est de travailler avec un thérapeute pour déconstruire les croyances négatives et erronées construites dans l’enfance. Ce travail permet également de détecter et assouplir les stratégies mises en place pour limiter la peur et la honte, notamment celles qui utilisent le perfectionnisme et qui mènent au burnout”, plaide la spécialiste.

Deuxièmement, il est fondamental, selon Caroline Dumas, de travailler à reconnaître et ressentir que la vulnérabilité et parfois l’échec font partie de la vie et de l’apprentissage : “On n’apprend qu’en se trompant. Reconnaître ses limites est aussi un moyen de prendre conscience que l’on en fait déjà beaucoup ou encore que la procrastination n’est qu’une stratégie mise en place pour se prouver qu’on ne vaut rien, alors qu’il n’en est rien”, insiste-t-elle.

Pour se faire, la psychologue conseille de “lister et renforcer toutes les réussites passées, présentes et celles qui pourraient voir le jour dans le futur”. Ce travail permet de pouvoir s’y raccrocher “lorsque la petite voix intérieure, qui voudra saboter tout le travail accompli, sera à nouveau présente. Cela limite son emprise et relativise objectivement ses dires qui sont bien souvent complètement décorrélés du réel”, conclut Caroline Dumas.

Sources : Ehrlinger, J., & Dunning, D. (2003). How chronic self-views influence (and potentially mislead) estimates of performance. Journal of personality and social psychology, 84(1), 5.

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